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jeudi 11 août 2011

SENEGAL-AUTOROUTE-IMPACT : Insécurité à Darou Rahmane 3 et Taïf sur fond de ruée vers le fer




Dakar, 10 août - Avec ses murs lézardés, ses bâtiments délabrés et ses maisons construites sur des bas-fonds, le quartier Darou Rahmane 3, situé entre le croisement Fass Mbao et la Sicap-Mbao baigne dans le calme et sous la chaleur en cet après-midi de dimanche de ramadan.
Debout sur une terrasse, Pape Ndiaye, maçon de son état, multiplie les coups de marteau pour démolir une dalle afin d’en extraire du fer. Cette scène est devenue presque quotidienne dans les quartiers Darou Rahmane et Taif dont les habitants ont été contraints d’abandonner leurs maisons à cause des travaux de l’autoroute à péage.
Aussi bien à Darou Rahmane qu’à Taif, une fois les propriétaires partis, les maisons sont convoitées par des charretiers ou par des jeunes venus de partout à la recherche du fer, des briques et du gravât. C’est notamment le cas de Pape Ndiaye.
‘’Les gens démolissent souvent le poteau pour extraire le fer et laissent le mur sans support’’, explique t-il. Mais ces actions ne sont pas sans conséquences. En effet, selon le maçon ‘’dès que le vent souffle, le mur tombe. Et ce n’est pas du tout sécurisant pour les enfants qui s’amusent dans les environs.’’
Abandonnées ou démolies, les maisons deviennent aussi des repaires de fumeurs de chanvre indien, de badauds et d’agresseurs de tout acabit. De quoi troubler la quiétude des familles qui sont restées dans l’attente d’être indemnisées, mais surtout celles non concernées par les travaux.
‘’La plupart des maisons non encore démolies sont occupées par des agresseurs ou des malfaiteurs. Ce n’est plus sûr d’envoyer nos enfants à la boutique même la journée, car ils peuvent être victime de viol’’, s’inquiète mère Khadiata Sy, une vieille dame au visage complètement ridé, habitante de Darou.
Sa voisine Oumou Ba, de teint clair, assise devant son domicile avec ses enfants, abonde dans le même sens. ‘’Avant-hier, un de nos voisins a été victime de vol à 6 heures du matin. Dès qu’il est sorti pour accompagner sa femme à l’hôpital, les bandits sont entrés dans sa maison. On dirait qu’ils nous surveillent de prés’’, déclare t-elle.
Dans la maison d’à côté, on ne veut pas trop aborder ce sujet, de peur d’être ‘’victime de représailles’’. Mais une jeune fille a décidé de briser le silence. ‘’On n’ose plus aller à la boutique se trouvant dans le périmètre des maisons abandonnées’’, affirme Codou Samb.
Non loin de là, Salif Faye, bien qu’épargné par les travaux de l’autoroute, est aussi un père de famille préoccupé par cette situation. ‘’On est tous menacé, surtout nos enfants. La police ne vient que la journée pour empêcher les charretiers de démolir ou d’extraire du fer. Sinon la nuit c’est l’insécurité totale’’, se désole t-il.
A Taïf, autre quartier, mais même décor, même complainte. Les charretiers ont trouvé un nouveau filon : l’extraction du fer des maisons abandonnées. Ils sont aussi au cœur de toutes les accusations. Et là-dessus, Khassim Gackou ne décolère pas.
‘’Les charretiers viennent souvent frapper à la porte de ma maison pour voir s’il y a toujours des occupants. Je ne peux plus m’éloigner de chez moi, sinon ils vont venir démolir ma maison à mon insu’’, témoigne t-il.
Son voisin, un maître coranique, en a déjà fait les frais. Une partie du mur de clôture de sa maison a été démolie. Le teint noir, la mine triste et chapelet à la main, Oustaz Guèye tente d’afficher la sérénité non sans cacher son inquiétude. ‘’On n’est plus en sécurité ici. Des jeunes ont fait tomber mon mur. On est fatigué et inquiet’’, soupire le maître coranique.


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